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Thursday, August 27, 2009

Le parti au pouvoir à Tokyo redoute la fin de son règne

 

Le Parti libéral-démocrate a gardé la haute main sur la gestion du Japon pendant cinquante ans, mais la puissante machine s’est grippée
«Le Parti libéral-démocrate (PLD) est éternel, et le Japon de demain ne se fera pas sans lui. » La citation date de la fin du mois d’août 2008 quand l’actuel premier ministre, Taro Aso, était en course pour ce poste. Un an plus tard, le ton n’est plus le même à l’approche des élections législatives de dimanche 30 août. Ses jours à la tête de l’exécutif japonais semblent comptés : sa cote de popularité stagne depuis des mois sous la barre des 20 % et son parti, au pouvoir presque sans interruption depuis 1955, est aux abois.
Quel que soit le résultat dimanche 30 août dans la soirée, il retentira comme un coup de tonnerre. La victoire du Parti démocrate du Japon (PDJ) sonnerait le glas de la démocratie unipartite dans laquelle se complaît le Japon depuis cinquante ans. Le résultat inverse serait aussi retentissant puisque plus personne aujourd’hui, pas même le ministre des finances Kaoru Yosano, n’imagine le PLD gagnant.
Comment les libéraux-démocrates ont-ils construit leur règne ? De 1955 à l’éclatement de la bulle économique au début des années 1990, le PLD et la bureaucratie ont accompagné le formidable développement de l’économie japonaise. La clé de leur succès est d’avoir su distribuer les fruits de la croissance à une classe moyenne nombreuse et très homogène. Clientélisme, transmission familiale des circonscriptions, canalisation du débat politique au sein même du parti : le PLD était une machine électorale imbattable à laquelle l’électorat ne cessait de manifester sa gratitude.

Premier revers électoral en 2007

À partir de 1991, les Japonais redécouvrent la crise, la précarité, et la colère monte. En 2006, le vent tourne après le départ de l’ultra populaire premier ministre Junichiro Koizumi. En janvier 2007, son successeur Shinzo Abe déclare qu’il veut mener une politique qui permettrait au Japon de devenir un « beau pays » ; mais ses rêveries le mènent à mille lieues des cinquante millions de dossiers de retraite « égarés » par l’administration et qui préoccupent tant la population.
La première sanction tombe en juillet 2007 avec un premier revers aux élections du Sénat, où le PDJ prend la main. Après un an de gouvernance molle de Yasuo Fukuda, l’énergique Taro Aso devient à son tour premier ministre. Au plus fort de la crise financière, le riche héritier d’un cimentier dépense des fortunes dans les bars luxueux du quartier de Ginza, à Tokyo. Dans le même temps, des patrons d’industrie annoncent la réduction de leur salaire en signe de solidarité avec les employés qui se serrent la ceinture.
Dans ces conditions, le slogan du Parti démocrate, « La vie du peuple d’abord », sonne à l’oreille du Japonais de la rue. Tout comme son vaste programme de relance de la demande intérieure par une politique de la famille. Les électeurs semblent vouloir sanctionner l’immobilisme du parti libéral-démocrate, l’incompétence et les gaffes à répétition de nombre de ses ministres et députés, plus que leur gestion de la crise économique. Un ministre du tourisme, tout juste élu, avait expliqué, par exemple, que les Japonais ne souhaitaient pas accueillir de visiteurs étrangers. Un ministre des finances s’était présenté saoul à une réunion du G8 en Italie.

Une défaite anticipée par le parti au pouvoir

« Les membres du parti sont généralement peu éduqués, ils ont hérité de la circonscription de leur père en espérant la transmettre à leur fils », note Yoshihiro Sawada, ancien président de la banque Mizuho à Paris. « Dans ces conditions, les bureaucrates qui, eux, ont suivi un cursus équivalent à celui de Polytechnique ou de l’ENA peuvent facilement dicter leurs choix aux élus. Ces bureaucrates n’ont pas d’autre objectif que l’accroissement de l’influence de leur ministère. Le bien du pays et des Japonais leur importe assez peu. »
Symbole de cette vacance politique, le parti n’a plus de programme lisible. Taro Aso se contente de vanter son plan de relance (5 % du PIB) et le fragile retour à la croissance au deuxième trimestre 2009. « Nous avons échoué à expliquer les vertus du conservatisme. Nous regrettons de n’avoir pas envoyé un message clair ces dernières années », a-t-il même publiquement regretté jeudi 27 août lors d’un discours dans la métropole d’Osaka.
Mais si personne n’envisage à l'heure actuelle la victoire du PLD, certains craignent sa défaite. Quid, par exemple, du soutien historique de l’État au secteur des travaux publics ? La très puissante association patronale Keidanren peste contre la probable victoire de l’opposition. Ces partisans de la stabilité pour certains, de l’immobilisme de l’autre, pourront se compter à l’annonce des résultats. Rendez-vous dimanche 30 août à 20 heures pour les premières estimations – 13 heures, heure de Paris.

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